Le PS de Renaud Lagrave « lance une campagne de désintoxication »
Publié par cedric - le 29/05/2010

Le premier fédéral landais et nouveau vice-président de la Région est en verve. Il éclaire à sa façon les enjeux du moment pour son camp.

 

« Sud Ouest ». Quelles sont les priorités du nouveau vice-président de la Région en charge du tourisme ?

Renaud Lagrave. Beaucoup d’emplois dépendent de ce secteur en Aquitaine. Il ne s’agit pas de bouleverser tout ce qui a été fait, mais je veux me faire une idée, pour avoir des idées. Le contexte n’est pas simple, avec la réforme territoriale, mais j’ai commencé la tournée des départements et entamé le dialogue avec mes alter ego d’autres régions. À terme, la priorité sera de travailler sur les normes sociales et d’accompagner les territoires vers le tourisme solidaire et de nouveaux aménagements.

 

Votre activité de président du GIP du littoral aquitain est-elle complémentaire ?

Ce groupement d’intérêt public rassemble les trois départements côtiers, plus les communautés de communes et d’agglomération de la côte et l’État, bien entendu. Alain Rousset en assurait jusque là la présidence, mais avec 106 des 261 kilomètres de côte dans les Landes, il y avait une logique à solliciter le vice-président landais en charge du tourisme… Il s’agit d’assurer la préservation du littoral, tout en favorisant le développement économique et touristique d’une zone clé pour notre région. Et notre département. À partir d’études qui déboucheront sur des actions concrètes.

Concrètement, on a vu le premier secrétaire fédéral du PS en bonne place dans la manifestation de jeudi ; la retraite à 60 ans, est-ce une obsession ?

Je suis surtout effaré par la présentation de ce dossier par le gouvernement. Ce catastrophisme sur un pilier essentiel de notre pacte républicain. La retraite à 60 ans, c’est plus qu’un symbole, c’est un acquis social et en aucun cas une variable d’ajustement. Au moment où l’on prête des milliards d’euros aux banques pour les renflouer, on panique pour 45 milliards qui nous manqueraient en 2050 ? C’est évidemment un sujet qui mérite que l’on s’y attarde, mais pas ainsi ! Nous, nous voulons remettre les seniors au travail, taxer les revenus du capital et que les entreprises participent à l’effort. Surtout, au lieu de massacrer l’emploi, il faut en créer ! Pour informer les gens, nous allons d’ailleurs organiser des réunions publiques (1), mais aussi distribuer un tract de quatre pages sur les marchés, pour démystifier ce dossier « diabolisé » par la droite. On lance une vraie campagne de désintoxication.

Le PS est-il décidé à passer à l’offensive ?

Notre convention nationale ce week-end, à Paris, le démontre : nous n’allons voter ni un projet, ni un programme, mais bien un texte politique qui dit tout ce que nous avons à dire sur les crises que nous traversons. Il a été validé à 90 % par les militants et est inédit : pour moi, le PS prend un vrai tournant à gauche. Le cœur de ce texte, c’est la remise en cause du libre-échange, la fin du dogme politique qu’était le social-libéralisme… Et ça, c’est une vraie victoire de la gauche du Parti, incarnée par Henri Emmanuelli et Benoît Hamon.

Le retour de Dominique Strauss-Kahn sur le devant de la scène, qu’en dites vous ?

En tant que socialiste, je m’interroge d’abord pour savoir sur quels critères le FMI prête de l’argent : pas sur des critères socialistes, c’est le moins que l’on puisse dire. Après, DSK n’est tout simplement pas dans le paysage aujourd’hui. Le PS est au travail, grâce à Martine Aubry, pour débarrasser le pays d’un président qui ne travaille que pour lui, pas pour les Français. Ça a porté ses fruits aux Régionales.

En 2012, la puissance de feu des collectivités territoriales aura sûrement du plomb dans l’aile ?

Ce projet arrive à l’Assemblée au moment où le gel des dotations aux collectivités territoriales a été décrété pour trois ans : on assèche les finances des collectivités qui assurent 73 % des investissements publics ! Sans parler du mode de scrutin, qui signifie la fin de la parité et de la représentativité des partis. Et puis, pour prendre l’exemple landais, on passerait de 41 élus (30 conseillers généraux et 11 régionaux) à 27 : on va créer des professionnels, qui ne pourront pas assumer leurs responsabilités sur leur territoire… Nous sommes partisans d’une réforme, oui, mais qui compenserait le désengagement de l’État. Là, toutes les associations et les élus locaux doivent s’en rendre compte et tout faire pour s’y opposer : c’est simplement la recentralisation absolue à l’Elysée. Si nous revenons au pouvoir en 2012, nous affichons la couleur : nous proposerons une VIe République, avec une vraie décentralisation.

(1) Le 10 juin, à 20 h 30 au château de Nahuques à Mont-de-Marsan.

propos receuillis par Jean Pierre Dorian, journal Sud Ouest